Monday, May 18, 2009

AFP

Yves-Noël Genod alias "Yvno", un ovni du spectacle contemporain à Chaillot
PARIS, 16 mai 2009 (AFP) Par Benoît FAUCHET

Yves-Noël Genod, "Yvno" pour ses intimes, présente jusqu'au 6 juin au Studio du Théâtre national de Chaillot à Paris un spectacle inclassable, qui se joue des frontières entre théâtre et danse et s'avère gentiment branché et déjanté, parfois drôle mais souvent brouillon.
Il y a pour cet artiste underground de 36 ans au visage christique comme un retour aux sources dans le fait de venir créer un spectacle sur la colline de Chaillot, là où il a été formé, à l'école d'Antoine Vitez.
D'abord comédien, Yves-Noël Genod s'est glissé dans les univers exigeants des metteurs en scène François Tanguy (Théâtre du Radeau) et Claude Régy. En tant que danseur, il a notamment été l'interprète du chorégraphe Loïc Touzé.
Depuis quelques années, il signe ses propres spectacles à un rythme soutenu (une vingtaine en cinq ans), osant des propositions loufoques, comme leur nom l'indique ("Dior n'est pas Dieu" sur le parisianisme, le one man show "En attendant Genod"), ou atypiques ("Le Dispariteur", joué dans le noir complet).
Son spectacle pour Chaillot s'intitule simplement "Yves-Noël Genod". Ce qui devait être un solo dansé par l'artiste est devenu une pièce pour cinq interprètes autres que lui, inspirée par un spectacle créé en 2007 ("Blektre", avec un texte de Nathalie Quintane) et un projet de "ballet de SDF".
Partant de là, il n'est pas illogique qu'"Yves-Noël Genod" développe une forme indéfinie, sans narration, dans un décor pauvre (les gradins en bifrontal de la petite salle de Chaillot, à l'allure de cave-bunker) et sous des lumières qui ne cherchent pas la beauté.
Les acteurs se dénudent volontiers, parfois totalement, et revêtent divers habits comme pour évoquer un monde d'identités incertaines. Ils font écho à leurs origines: Kate Moran récite quelques vers de Shakespeare, Mohand Azzoug parle arabe... Marlène Saldana, elle, tire la langue à travers un masque d'homme affreux et fait bouger sa silhouette plus que plantureuse au rythme des cris d'un baigneur en plastique.
Sans doute perplexe à l'entracte, le spectateur est invité à s'asseoir, pour la seconde partie, sur l'autre gradin, en face. Il y découvre un spectacle plus dense, plus musical (chanson joliment entonnée par Yvonnick Muller), en un sens plus dansé (Felix M. Ott et sa belle aisance de funambule). Qui pratique le dérapage verbal incontrôlé ("Si vous croyez que ça m'excise...", dit le personnage de Marlène, avant de lancer "Ils sont cons ces Arabes !").
C'est sans doute le prix à payer pour un tel spectacle : pour quelques fulgurances, combien de gestes gratuits ? Yves-Noël Genod s'en moque et vient saluer avec son élégance chaleureuse et désinvolte, la tête recouverte d'un camail (cagoule médiévale en cotte de maille). Ultime posture décalée, façon Monty Python, d'un spectacle qui n'en manque pas.
© La Scène © Agence France-Presse

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