Friday, March 12, 2010

"Tout arrive", France Culture, le 11 mars

Bon, Jeanne a réussi Arte, moi, j'ai réussi France Culture, (question d'entraînement...) Cliquer sur le titre.



Yves-Noël Genod aime les actrices et il fait danser les dindons, ça peut paraître mince, mais un rien lui suffit pour monter un spectacle. Alors après Hamlet, à Vanves, il présente donc à la Ménagerie de Verre : Rien n'est beau. Rien n'est gai. Rien n'est propre. Rien n'est riche. Rien n'est clair. Rien n'est agréable. Rien ne sent bon. Rien n'est riche. Rien n'est joli. Le titre est tiré d'un livre d'Hélène Bessette parce que ça sonne bien, tout simplement -et, sur scène, on peut voir trois divas : Jeanne Balibar en fantôme de Barbara, Kate Moran et la sublime et très felliniène Marlène Saldana. Alors Yves-Noël Genod est un p'tit peu entre le clown et le dandy avec une veste néoprène bleu vif, un bonnet péruvien quand il n'arbore pas une côte de maille qu'il porte d'ailleurs très bien. Il a été formé chez Claude Régy et il a l'art de créer des situations avec quelques accessoires, un goût prononcé pour les chaussures chères et la nudité, des bribes de textes balancés un p'tit peu comme on dirait : "Passe-moi l'sel.", une cigarette qu'on allume, un peu d'musique, tout est question d'présence et d'utilisation de l'espace. Alors, à l'origine de ce spectacle, il y a une commande faite par Boris Charmatz, une réflexion sur le butoh, hein, puisque vous vous souvenez que Boris Charmatz avait lui-même travaillé sur le butoh pour son spectacle La Danseuse malade à partir de textes d'Ijikata, le fondateur de la discipline et avec déjà Jeanne Balibar - alors qu'est-ce qu'il reste du butoh dans le spectacle d'Yves-Noël Genod ? Au fond, on s'en fiche un peu.

"J'ai fait des stages de butoh, tout ça, j'ai croisé, j'ai vu des spectacles de butoh, donc c'était un peu enfoui dans ma mémoire, mais c'était là. ...En ouvrant le livre au hasard, je tombe sur... on parle de la danseuse Carlota Ikeda et il est dit : "Elle montre que la danse, c'est le théâtre et que le théâtre, ce théâtre-là, c'est juste la mise en scène de la vie." Voilà. Bon ben, ça, par exemple, c'est assez précis et vaste pour que je m'y reconnaisse à pieds joints."

"Je sais pas comment j'travaille parce que j'ai très peu d'temps d'travail, de moins en moins en plus, les spectacles se font en quelques jours ou quelques heures, alors j'suis obligé de travailler avec des interprètes exceptionnels, des gens très forts, ça vient de se produire aussi avec Hamlet que j'ai fait en une semaine, mais avec une troupe d'interpètes... y avait six personnes, là. Ça s'fait comme ça avec des gens forts et qui travaillent avec le hasard parce que quand on travaille en très peu d'temps, on est obligé d'accepter tout ce qui vient par le biais du hasard, c'est à dire : le plus possible. Mais alors on jette rien. Par exemple, dans le spectacle, quand Jeanne Balibar qui est à la porte pendant très longtemps comme une statue, comme ça, se dégage en disant : "Je suis là, mais j'vais faire pipi...", c'est évidemment pris dans la répétition de hier après-midi et c'était très joli, donc on l'a gardé. J'suis pas capable d'imaginer à l'avance les choses ou très peu, mais dans le temps du travail, sur le plateau, tout est bon. Y a qu'à s'baisser pour ramasser et on trouve - toutes les merveilles sont là, oui. Oui."

"Dans Hamlet et dans c'ui-là que j'ai faits ensemble y a beaucoup de périphérie et de hors-champ, énormément de hors-champ, le plateau est vide parce que y a beaucoup de hors-champ, beaucoup d'autres plateaux sur les côtés, au-dessus, au-dessous, à l'arrière du public, etc. Des scènes et des scènes qui s'emboitent, des espaces et des espaces qui s'emboîtent. Donc après évidemment on peut jouer en périphérie, on peut jouer hors-champ et parfois aussi on traverse le plateau comme un immense désert, c'est très beau - ou comme Barbara, par exemple."

"Pourquoi Barbara, ben, chais pas, moi, j'l'ai beaucoup suivie quand j'étais adolescent et j'trouvais qu'elle était butoh, qu'elle pouvait être associée au butoh très facilement, oui. Oui, oui."

"Le butoh, c'est le renversement des valeurs, quoi, ils ont... Au lieu du corps appolonien, élancé vers le ciel, c'est un corps recroquevillé, ténébreux, etc., bon."

Et on pourrait dire au fond que le sujet de vos spectacles, c'est le rien, c'est le vide.

"Oui parce que... Oui, c'est vrai, on peut l'dire et on peut p't-être le dire de plus en plus et, là, on a vraiment... par rapport à la première version de Rennes, on a enlevé d'la matière encore et on a pensé à cette histoire du... Vous savez, c'est tout simple, on dit, les astrophysiciens disent la matière, c'est trois pour cent de la masse de l'univers et puis alors, tout l'reste c'est autre chose... mais enfin la matière, trois pour cent... Donc on s'est amusé, voilà, à penser un spectacle où y aurait un pourcentage de vide... parce que le vide n'est pas vide, c'est ça, l'histoire, il est plein de, plein d'choses (Rire.) Evidemment quand on fait avec le vide, on voudrait aussi faire entrer le monde, hein, le monde sur lequel on est, avec les animaux, les rivières, les nuages, tout ça... Alors, c'est pour ça, le vide, c'est pour ça, le rien, c'est pour qu'on ait un peu cette sensation - et c'est pour ça, les dindons, aussi, par exemple. Les dindons, c'est une image un peu grossière de tout c'que j'vous dis, mais enfin, quand même, vivante."

Mais les dindons dansent très bien.

"Ils dansent très bien, aussi, surtout si on leur met La Flûte enchantée, oui, ça marche bien."

Alors à la fin du spectacle, vous racontez une histoire, Yves-Noël Genod, puisqu'on vous entend dans ce spectacle aussi : vous êtes assis sur les gradins au milieu du public et vous racontez une histoire d'une chorégraphe - qui est cette chorégraphe ?

"C'est Martha Graham qui disait, enfin, dans mon souvenir, j'ai lu ça quelque part, que quand elle faisait des auditions pour les danseurs, elle demandait aux danseurs de marcher dans le studio : "Souvenez-vous que vous allez mourir." Et puis, si ça suffisait pas, elle disait aussi : "Marchez comme si votre cœur était accroché au mur." Voilà. (Rire.) Ça, je l'dis parce qu'on fait une sorte de final, dans Hamlet aussi, extrêmement étiré, comme si y avait un salut infini - ce qui est d'ailleurs très butoh de mettre les saluts à l'intérieur du spectacle - et très Barbara. Alors, c'est pas joué du tout pour les acteurs, il faut juste être dans un... comme dit Régy, comme dit Claude Régy, "être et ne pas être" et puis face à des gens vivants et morts si on pense à d'autres temps. Y avait une phrase de Duras, Duras disait souvent : "Pour une fois qu'nous n'sommes pas morts." "Si nous allions au restaurant, pour une fois qu'nous n'sommes pas morts.""

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