Sunday, May 29, 2011

Une journée s’ouvre, une pauvre journée

Je réécoute l’enregistrement console de la performance d’hier… C’est très curieux car la performance est, en fait, très réussie, semble-t-il, il n’y a pas de faute majeure dans le jeu, mais elle ouvre, elle ouvre sur un silence de mort. C’est incroyable comme c’est réussi, dans ce sens. Plomber une salle, plomber un public. Vider toute tentative de s’amuser, toute perspective… C’est très curieux parce que c’était pas voulu, c’est-à-dire, oui, c’était l’un des thèmes, mais pas seulement, la gaieté semblait aller de soi, n’était sûrement pas exclue – mais quel voyage… A la fin, toute tentative de joie n’était plus de saison. Glaçant. Très réussi.

Nicolas Maury m’écrit :

Bonsoir
Je t’ai vu ce soir à Gennevilliers
J’aime ce grand écart ordinaire/extraordinaire
Paillettes/corps essoufflé
Et puis toi qui nettoies le présent
Je t’embrasse
Brassées de fleurs
Nicolas Maury

Et Sofie Kokaj :

La plus belle Mouette
de l’histoire de l’art
vivant,
merci
Sk

Ça m’a intéressé, moi, cette expérience, dans cette salle magnifique où c’est très facile de jouer, c’est-à-dire, c’est très facile de jouer malgré soi, cette salle amplifie tout, elle amplifie. Il suffit de lui suggérer (le tombeau, la disparition…), elle l’amplifie, bonne fille, en virtuose… J’ai aimé cette expérience, d’abord écrire le texte dans le train, c’est-à-dire, avec en tête d’avoir une tribune, le lendemain, pour quoi ?, la tribune, pour quoi dire ? Pour rien dire, une dérive alors, on commence par un bout, par un mot, « immarcescible », par exemple, et on laisse dériver… Modiano… Mais ne rien dire, ça pourrait être léger, champagne… Non, là, ça a débouché sur une couleur anthracite (celle de la salle, très belle…)

Marina a été virtuose, elle est arrivée, elle a senti très vite le travail de sape que j’avais opéré, de vidage, d’évier débouché que j’avais opéré (la « bonde »…) et elle l’a amplifié avec force, avec détermination. Pas question de ramer à contre-courant. Elle m’a dit après qu’elle a même insulté le public (en russe). Un personnage évident – qui ne donnerait pas du plaisir, mais de la douleur – de la douleur comme future… Nous quittons le monde, nous vous le laissons en l’état. « Nous n’avons plus la guerre. A la place de la guerre, nous avons ça, nous avons la poisse. » « Le canal du bruit au labyrinthe du silence. » Tout résonnait, résonnait, mort.

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