Monday, December 05, 2016

Laurence Maillot

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Fabien Dymny

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« B eauté humaine où es-tu ? Sauve-moi, beauté »


Très belle après-midi ensoleillée chaleureuse dans le café associatif de Kataline Patkaï (et consœurs) où nous avons donné notre avant-dernier cours d’interprétation (cette série d’automne intitulée JOUER COMME GERARD) en public, c’était très agréable, il y a eu des belles choses, Peter Handke, Souterrain-Blues, par Arthur Leparc, c’est vraiment très bon, ça marche bien dans ce café, l’écriture de Handke qui soigne, l’écriture et l’intention de Handke qui soignent, Arthur, d’une manière assez modeste, d’ailleurs, qui n’a l’air de rien, y arrive bien, il est au bon endroit, on ressent simultanément ce qu’il déploie, ce qu’il déploie presque dans le réel — et le réel, ça tombe bien, il est vraiment là, à Pantin, dans ce café de bord de périphérique, il est aidé par la très grande intelligence de Handke, mais il est à niveau, Arthur, à niveau de la rue, de plain-pied, à niveau de lui-même, Arthur, et à niveau de cette écriture. « Où êtes-vous donc passés, que je puisse faire abstraction de vous encore et encore », dit-il au public-foule-humanité… Oui, faire abstraction de vous. « Revenez — non, pas vous… votre image. » Je prends l’exemple d’Arthur pour l’exemple, mais le reste est très bon aussi. (Et puis Arthur ne sera pas là demain, il aide sa mère à déménager.) Je voulais dire, c’est peut-être bien que la gauche disparaisse, non ? C’est-à-dire, on aurait bien aimé que la droite disparaisse aussi, mais, bon, la gauche a toujours été à l’avant-garde, en un sens, traditionnellement à l’avant-garde, alors c’est peut-être bien que la gauche disparaisse, ça nous montre un avenir… La gauche, ça veut dire aussi les théâtres tenus par la gauche… Voyez, moi, je n’y suis même plus invité en tant que spectateur, même plus en tant que spectateur. Pour moi, c’est fini, ils ont déjà disparu, les théâtres tenus par la gauche… Mais il y a des lieux incertains, improbables, mais des lieux, peut-être ces « espaces perdus » qu’appelait de ses vœux Claude Régy dans son premier livre il y a bien longtemps déjà. « Souhaiter que se multiplient des lieux de déréliction, qu’on sache où travailler. Qu’on sache où aller voir. » Ce sont des cafés, des appartements privés, des hangars inchauffables et ensoleillés (Ramdam, dans la banlieue lyonnaise)… Quand j’avais joué à Avignon dans des salons privés (du Musset) faute d’avoir pu cette année-là me payer une salle, beaucoup de gens m’avaient parlé de ce livre de Georges Didi-Huberman sur la survivance des lucioles (je crois qu’il donnait une conférence cette année-là à Avignon). C’est vrai, il y a une survivance des lucioles. Tout est désastreux et pourtant, par petits groupes, il y a — comme dans un Moyen-Age — résurgence de la sagesse, vie souterraine de l’esprit… Presque souterraine, souterraine au moins dans le sens où l’air est si pollué qu’il devient de la terre. De la cendre. De la suie. De la boue. De la purée qui bouche les bronches. Un ami, Tanguy Bordage qui était là cette après-midi me dit que ça avait un côté « les Théâtreux Anonymes » comme il y a les Alcooliques Anonymes, etc. C’est vrai. Ce n’est pas pour me déplaire, d’ailleurs, même le ridicule qu’il pourrait y avoir, comme un groupe de prière, à « soigner le réel ». J’avais ouvert le cours par ces phrases de Pina Bausch sur le ridicule : «  Il ne faut pas avoir peur d'être ridicule parce qu'on tâtonne. Et chacun est timide, moi la première. Il faut composer avec cette timidité. C'est cela qui rend ce moment si délicat et si beau dans le travail d'une compagnie, dans son unité. De cette timidité naît la beauté. »
Encore demain 6 décembre, à 14h30 (durée : trois heures), 1, rue Berthier, à Pantin. Participation : 5€

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« L’écrivain a le devoir de salir son imagination avec la boue de la vie. »


« Dans l’eau des bouches déformées des femmes »

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D eux citations pour le cours du 5 décembre


«  Il ne faut pas avoir peur d'être ridicule parce qu'on tâtonne. Et chacun est timide, moi la première. Il faut composer avec cette timidité. C'est cela qui rend ce moment si délicat et si beau dans le travail d'une compagnie, dans son unité. De cette timidité naît la beauté. »


« Réfléchissons par comparaison. Qu’est-ce que l’essence d’un pantalon (s’il en a une)? Certainement pas cet objet apprêté et rectiligne que l’on trouve sur les cintres des grands magasins ; plutôt cette boule d’étoffe chue par terre, négligemment, de la main d’un adolescent quand il se déshabille, exténué, paresseux, indifférent. L’essence d’un objet a quelque rapport avec son déchet : non pas forcément ce qui reste après qu’on en a usé, mais ce qui est jeté hors de l’usage. Ainsi des écritures de TW [Cy Twombly]. Ce sont les bribes d’une paresse, donc d’une élégance extrême ; comme si, de l’écriture, acte érotique fort, il restait la fatigue amoureuse : ce vêtement tombé dans un coin de la feuille. » 

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