Saturday, May 26, 2018

L e Chic


Karim Bel Kacem avait invité César Vayssié à visionner le film de Godard dans le studio de montage où il avait été monté, à cinq cents mètres de l’Arsenic, et il m’avait invité aussi, mais je n’avais pas vu le message à temps (pour me joindre vite, c’est l’autre compte, celui qui est sur mon téléphone). A la place, j’étais allé voir un spectacle pour enfant à Bern (très bien) avant de revenir dare-dare au bord du lac pour voir les couilles de Foofwa d’Immobilité ; je dis les couilles car j’ai adoré l’expérience de son spectacle nocturne et onirique et dangereux, mais je m’aperçois aujourd’hui que j’ai quand même bien maté, dans cette backroom (elles m'obsèdent). Et puis, après avoir déposé Foofwa à la gare (avec une tendresse dont je ne me rends compte qu’aujourd’hui qu’elle était finalement sexuelle), j’avais remonté la pente pour participer à la discussion d’après le film de César : UFE. Je ne comprends jamais rien à ces discussions où on emploie le terme « révolution » apparemment avec une connotation positive, légendaire : pour moi c’est comme si on parlait de la Shoah en ces termes. En parler avec des étoiles dans les yeux, je ne trouve pas ça politiquement correct, même pour finir, avec cette nostalgie qui nous anime toujours, par la reconnaître impossible. Tchekhov… Mais, enfin, peu importe. Ce qu’il se passait, c’est qu’on était dehors, on était sous les arbres (qui écoutaient nos voix, pas nos paroles), la journée avait été brûlante, je buvais un spritz (Venise n’est pas en Italie) et je fumais même une cigarette volée à Patrick pour le plaisir de faire les choses « comme les grands », j’aimais mon ennui. Oui, finalement, c’est l’expression qui me vient : quand je ne joue pas sur un plateau, j'aime l'ennui. J’avais écrit cette phrase dans mon carnet : « Je suis un incompris, mais je m'en fiche ». Et j’aimais que ces hommes et ces femmes eussent parlé, parlassent, parlassiassent — quel dommage qu’on ne sache plus parler — de révolution de manière si virile, de passage à l’acte, etc. Et d’art aussi, il faut ajouter, et de la situation en France, en Suisse et puis ensuite tous les cafés avaient été fermés, et alors, chez Anne, on avait même parlé de moi — ce n’était pas ce que j’avais préféré —, pourquoi je n’arrivais pas à trouver un producteur et pourquoi je me morfondais dans mon malheur, comme ça, et pourquoi pas, merde, si ça me plaisait de mourir ! Ça ne vous plaît pas, à vous ? J’aime beaucoup César et j’acceptais de traîner avec lui dans cette fatigue que je n’allais pas pouvoir rattraper, définitive comme une drogue, un nouvel art de vivre, cigarette, spritz et « révolution » impossible.

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