Wednesday, February 21, 2018

L e Phallus fantôme


« Le « quelque chose de pourri » que le pauvre Hamlet a à remettre sur ses pieds, est quelque chose qui a le rapport le plus étroit avec cette position vis-à-vis du phallus. À travers toute la pièce nous le sentons, ce terme, partout présent dans le désordre manifeste qui est celui d’Hamlet chaque fois qu’il approche, si l’on peut dire, des points brûlants de son action. Je ne pourrai aujourd’hui que vous indiquer les points qui nous permettent de le suivre à la trace.
Il y a quelque chose de très étrange dans la façon dont Hamlet parle de son père. Il y a une exaltation idéalisante de son père mort qui se résume à peu près en ceci que la voix lui manque pour dire ce qu’il peut avoir à en dire et que véritablement, il s’étouffe et s’étrangle pour conclure en ceci, qui apparaît une de ces formes particulières du signifiant qu’on appelle en anglais pregnant [lourd de sens], c’est-à-dire quelque chose qui a un sens au-delà de son sens.
Il ne trouvait rien d’autre à dire de son père sinon, dit-il, qu’il était a man comme tout autre92. Ce qu’il veut dire c’est bien évidemment le contraire, première indication et trace de ce dont je veux vous parler. Il y a bien d’autres termes encore. Le rejet, la dépréciation, le mépris jeté sur Claudius est quelque chose qui a toutes les apparences d’une dénégation.
C’est à savoir que dans le déchaînement d’injures dont il le couvre, et devant sa mère nommément, il culmine dans ce terme : « Un roi de pièces et de morceaux », un roi fait de débris raboutés, qui ne peut pas ne pas nous indiquer qu’il y a là quelque chose aussi de problématique, et dont assurément nous ne pouvons pas ne pas faire la liaison avec un fait, c’est que s’il y a quelque chose de frappant dans la tragédie d’Hamlet par rapport à la tragédie œdipienne, c’est qu’après le meurtre du père, le phallus, lui, est toujours là.
Il est bel et bien là et c’est justement Claudius qui est chargé de l’incarner.
C’est à savoir que le phallus réel de Claudius il s’en agit tout le temps, et qu’il n’a en somme pas d’autre chose à reprocher à sa mère, sinon précisément - à peine la mort de son père - de s’en être remplie, et de la renvoyer d’un bras et d’un discours découragés à ce fatal et fatidique objet, lui ici bel et bien réel, qui semble être en effet le seul point autour duquel tourne le drame.
C’est à savoir que pour cette femme...
qui ne nous apparaît pas une femme — dans sa nature — tellement différente des autres, dans la pièce
...il y a — étant donné tous les sentiments humains qu’elle montre par ailleurs — quelque chose de bien fort qui doit quand même l’attacher à son partenaire. Or, il semble bien que ce soit là le point autour duquel tourne et hésite l’action d’Hamlet, le point où, si l’on peut dire « son génie » étonné tremble devant quelque chose de complètement inattendu. C’est que le phallus est en position tout à fait ectopique par rapport à notre analyse de la position œdipienne. Le phallus, là bel et bien réel, c’est comme tel qu’il s’agit de le frapper. Hamlet s’arrête toujours. Il dit « Je pourrais bien le tuer » au moment où il trouve notre Claudius en prières.
Et cette sorte de flottement devant l’objet à atteindre, ce côté incertain de ce qu’il y a à frapper, c’est là qu’est le ressort même de ce qui fait dévier à tout instant le bras d’Hamlet, justement ce lien narcissique dont nous parle Freud dans son texte du Déclin de l’œdipe. On ne peut pas frapper le phallus, parce que le phallus même s’il est là bel et bien réel, il est une ombre. »

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« « Le fou, s’il persévérait dans sa folie, deviendrait sage », écrit Blake. »

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L a Nuance


« Je veux voir l'homme tel qu'il est. Il n'est pas bon ou mauvais. Il est bon et mauvais. Mais il est quelque chose encore, la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l'art. Etant bon et mauvais, il a une force intérieure qui le conduit à être très mauvais et peu bon, ou très bon et peu mauvais. »

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« Y a pas d’autre possibilité de dire la passion que de la montrer. Ceux qui essaye de la raconter ou de la dire se cassent les dents, c’est impossible. Ce bouleversement de l’être ne peut qu’être montré, qu’être approché par la vue […] parce que la passion entre dans la nuit, elle n’a plus le visage découvert, n’est-ce pas ? à un moment donné, elle ne peut plus se lire dans la conduite des gens. Les gens se cachent comme pour aller mourir, si vous voulez. »


« On ne joue que l’invivable au théâtre. La tragédie, je dis. La tragédie, c’est l’invivable. Si je vais jusqu’au bout de ma pensée, je crois qu’il n’y a de théâtre que tragique. Enfin, je l’entends d’une façon très large. Je pense que Molière, c’est tragique, complètement, voyez. »

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P résence de Madeleine


« Dès qu’elle sort du rideau, elle marche dans une foule. Y a un rapport de force qui s’établit dès qu’elle apparaît. Et je vois chez Madeleine une sorte de capacité d’écrasement, d’écartement, n’est-ce pas ? de la foule pour faire son passage à elle. C’est ce que j’appelle « la présence ». Qui est une notion effectivement très mystérieuse sans quoi on ne peut pas faire de théâtre. »

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Avec les réseaux sociaux on nous demande de supporter la bêtise de gens qu’on aime beaucoup — dont on serait épargné si on ne les avait comme « amis » sur les réseaux sociaux. Dans la vie, la bêtise des gens qu’on aime, on la supporte quand elle surgit parce qu’il y a tout un « art de vivre » fait pour se supporter qu’il n’y a pas sur les réseaux sociaux.
« CURAN
J’ai rencontré votre père et l’ai informé que le duc de Cornouailles et la Duchesse Régane seront ses hôtes ce soir. 
EDMOND
Ah, pourquoi viennent-ils ?
CURAN
Diable, je n'en sais rien. »


« Mais d’ailleurs rien n’est jamais joué complètement précisément au théâtre. On voit jouer ça alors qu’on joue ça. Moi, j’ai vu de très grands acteurs au théâtre se tromper de pièce tout à coup et personne pour s’en apercevoir. Non, tout communique au théâtre, toutes les pièces entre elles. Mais jamais rien n’est joué vraiment. On fait toujours comme si c’était possible… — De quoi ? »

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« A partir du théâtre on donne tout à voir. »
« Ça va plus vite qu’un cheval, la parole. »

« Et ça reste vrai comme aux premiers jours des temps. »

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P artie des propos schizophréniques d’Hamlet



« The body is with the king, but the king is not with the body. The king is a thing. » 

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N asa has released new images of Jupiter qui me font penser à la planète Hamlet

E tre un génie, c'est pas trop un plan A, pour moi


Je ne suis pas trop Christine Angot, mais, là, je ne comprends pas le foin qu’on fait et la publicité à cette phrase (j’ai dû aller chercher la vidéo pour comprendre ce qui faisait trembler Facebook). Un : pourquoi elle n’aurait pas le droit de dire ce qu’elle pense ? (Il y a une pétition qui circule, faut le faire !) Et deux : ça me paraissait une banalité, un lieu commun, je pensais que tout le monde pensait ça. Visiblement, non, il y en a que cela choque. Elle a dit « toujours », c’est peut-être pas toujours, qu’est-ce qu’on s’en fout, mais souvent très certainement. En tout cas, moi, oui, j’aurais préféré faire autre chose, je voulais faire architecte, et puis, voilà, après, je me suis mis à faire le seul truc qui marchait un peu : en quoi ça a quelque chose d’enviable, la condition d’artiste ? En quoi ?  Même être un génie (Léonard de Vinci), tu imagines que c’est un plan A ? Tu parles ! A d’autres ! Pour moi, c’est toujours par défaut. Etre un génie, c’est aussi par défaut, ce n’est pas le grand A, bien au contraire, même si on finit par lui servir la soupe.

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Tuesday, February 20, 2018

L uminosité


Non, en effet, tu peux pas. J’ai regardé hier soir un entretien (avec Jacques Henric et Catherine Millet, à propos de son expo, en 2016). Et, son truc, à l’oral, c’est une très grande intelligence (disponibilité à l’autre — et à lui-même comme un autre), mais avec quand même extrêmement peu de mots (et beaucoup de silence et d’hésitation) et j’ai pensé à toi, je me disais que si tu l’imitais ce serait quand même très ennuyeux (fastidieux). Bien sûr, les œuvres ne sont pas ça, elles ont une densité, une richesse (dans « tous les sens ») déployée et rassemblée, comme nous le savons, particulièrement La Possibilité d’une île, son roman préféré. Alors, quand je te disais de pousser l’imitation, l’incarnation, c’est juste par moments, par éclairs, comme si, lui-même, son personnage, venait par moments aussi en toi, comme une possession, un doppelganger (je suis dans Twin Peaks jusqu’au cou), mais, bien sûr, ce n’est pas à la place de ce que tu fais, c’est une dimension qui peut apparaître (comme elle apparaît déjà, en fait) parfois un peu plus, dont tu peux jouer. Tiens, une phrase que j’ai recopiée de cette vidéo : « Ah, c’est difficile, mais j’ai toujours essayé d’être hyper précis, mais émouvant à la fois. Quand je dis à la fois... faut pas exagérer, pas exactement dans la même phrase... enfin si, peut-être, mais disons que c’est deux choses qui sont toujours présentes dans mon esprit, une espèce de vague qui accompagne nécessairement les passages franchement émouvants et aussi une luminosité suffisamment forte pour que tous les détails soient clairs, c’est mon objectif, ça, ça reste mon objectif dans tout ce que j’écris, oui. » Sois ton objectif ! Bisous, Yvno

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« La société où vous vivez a pour but de vous détruire. Vous en avez autant à son service. L’arme qu’elle emploiera est l’indifférence. Vous ne pouvez pas vous permettre d’adopter la même attitude. Passez à l’attaque ! Toute société a ses points de moindre résistance, ses plaies. Mettez le doigt sur la plaie, et appuyez fort. Creusez les sujets dont personne ne veut entendre parler. L’envers du décor. Insistez sur la maladie, l’agonie, la laideur. Parlez de la mort, et de l’oubli. De la jalousie, de l’indifférence, de la frustration, de l’absence d’amour. Soyez abjects, vous serez vrais. »

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M oments d’arrêt


« Il peut y avoir des passages poétiques dans un roman, mais c’est des moments d’arrêt ; en principe, dans les poèmes, il y a que ça. »

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H amlet en banlieue


Aidan Amore

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« Une maille de l’autre lien
Jamais perdu »

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T he Photographer



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« Le maître énamouré en un défi fictif
N'affirme ni ne nie en son centre invisible
Il signifie, rendant tous les futurs possibles
Il établit, permet un destin positif.
Ressens dans tes organes la vie de la lumière !
Respire avec prudence, avec délectation
La voie médiane est là, complément de l'action,
C'est le fantôme inscrit au cœur de la matière
Et c'est l'intersection des multiples émotifs
Dans un noyau de vide indicible et bleuté
C'est l'hommage rendu à l'absolue clarté
La racine de l'amour, le cœur aperceptif. »

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Monday, February 19, 2018

J’ai travaillé ce soir avec un groupe de garçons, un groupe important. C’était super. L’état de l’apparition. Je leur ai dit, j’étais sincère : « Pourquoi ne voit-on pas des spectacles comme ça ? » Peut-être en voit-on que je ne vois pas… Certainement… J’apprends à voir en fabriquant mes spectacles. C’est pour Hamlet (un nouvel Hamlet, très différent encore des trois précédents). Si on y arrive, ça devrait être quelque chose. Mais c’est très ambitieux. Que le public le soit aussi ! Voir différemment. Ce qui est. Et ce qui est caché.

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D eepen the game


« You see, all art has now become completely a game by which man distract himself; and you may say it has always been like that but now it’s entirely a game. And I think that that is the way things have changed, and what is fascinating now is that it’s going to become much more difficult for the artist, because he must really deepen the game to be any good at all. »
(Final d’Hamlet ?)

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« Pédéraste en fuite, arrêté pour la sixième fois »

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Sunday, February 18, 2018

« Mettre à l‘écart le corps de sa victime.
Et, comme il est resté dans sa folie même
Pur comme l’or parmi de vil métaux, 
Ce qu’il a fait, il le pleure. »
Faire la scène 2, acte IV avec les « éponges », puis la scène 3, les « vers » jusqu'au « Parfait. » d'Hamlet au roi.

« Il est l’idole de la foule inconséquente » (« He’s lov’d of the distracted multitude »)

« Une plaine près d’un port au Danemark »

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J e ne veux pas lui parler


« LA REINE 
Je ne veux pas lui parler.
LE GENTILHOMME 
Elle insiste. A vrai dire, elle a perdu la raison.
Elle est dans un état qui fait pitié. 
LA REINE
Que veut-elle ? 
LE GENTILHOMME
Elle parle beaucoup de son père. Elle a appris, dit-elle,
Que le monde est méchant. Elle balbutie, se frappe le cœur,
S’irrite pour des riens, et dit des choses
Ambiguës et à demi folles. Ses discours
N’ont aucun sens. Pourtant, ceux qui l’écoutent
Sont enclins à chercher dans ses mots décousus
Une logique, et s’y efforcent, et les adaptent
Tant bien que mal à leur propre pensée.
Elle cligne des yeux, d’ailleurs, hoche la tête
Et ces gestes font croire à un sens caché
Qui, bien qu’il reste vague, est déjà très fâcheux. »

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T he King’s to Blame


« Treachery! Seek it out.
LAERTES
It is here, Hamlet. Hamlet, thou art slain.
No medicine in the world can do thee good.
In thee there is not half an hour of life.
The treacherous instrument is in thy hand,
Unbated and envenomed. The foul practice
Hath turned itself on me. Lo, here I lie,
Never to rise again. Thy mother’s poisoned.
I can no more. The king, the king’s to blame. »

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G ertrude (2)


« C’est parce que justement, il se préoccupe du « To be » éternel dudit Claudius que, d’une façon tout à fait cohérente en effet à ce moment là, il ne tire même pas son épée du fourreau. Ceci est en effet un point clef, un point essentiel. Ce qu’il veut, c’est attendre, surprendre l’autre dans l’excès de ses plaisirs, autrement dit dans sa situation toujours par rapport à cette mère qui est là le point clef, à savoir ce désir de la mère, et qu’il va avoir en effet avec la mère cette scène pathétique, une des choses les plus extraordinaires qui puisse être donnée, cette scène où est montré à elle–même le miroir de ce qu’elle est, et où, entre ce fils qui incontestablement aime sa mère comme sa mère l’aime — ceci nous est dit — au-delà de toute expression, se produit ce dialogue dans lequel il l’incite, à proprement parler à rompre les liens de ce qu’il appelle « ce monstre damné de l’habitude » :
– « Ce monstre, l’accoutumance, qui dévore toute conscience de nos actes, ce démon de l’habitude est ange encore en ceci qu’il joue aussi pour les bonnes actions. Commence à te déprendre. Ne couche plus — tout cela nous est dit avec une crudité merveilleuse — avec le Claudius, tu verras ce sera de plus en plus facile »
C’est là le point sur lequel je veux vous introduire. Il y a deux répliques qui me paraissent tout à fait essentielles. Je n’ai pas encore beaucoup parlé de la pauvre Ophélie, c’est tout autour de cela que cela va tourner.
À un moment Ophélie lui dit :
— « Mais vous êtes un très bon chœur, chorus...» c’est-à-dire « vous commentez très bien cette pièce ». Il répond :
— « I could interpret between you and your love, if I could see the puppets dallying. »
« Je pourrais entrer dans l’interprétation entre vous et votre amour, dans toute la mesure où je suis en train de voir les puppets jouer leur petit jeu. »
À savoir de ce qu’il s’agit sur la scène. Il s’agit en tout cas de quelque chose qui se passe entre « you and your love ». De même, dans la scène avec la mère, quand le spectre apparaît...
car le spectre apparaît à un moment où, justement, les objurgations d’Hamlet vont commencer à fléchir ...il [le spectre] dit :
— « O, step between her and her fighting soul Conceit in weakest bodies strongest works. Speak to her, Hamlet. »
C’est-à-dire que le spectre, qui apparaît là uniquement pour lui...
car habituellement quand le spectre apparaît tout le monde le voit
...vient lui dire :
« ...glisse-toi entre elle et son âme en train de combattre... »
« Conceit » est univoque. « Conceit » est employé tout le temps dans cette pièce, et justement à propos de ceci qui est l’âme. Le conceit c’est justement le concetti, la pointe du style, et c’est le mot qui est employé pour parler du style précieux.
« ...Le conceit opère le plus puissamment dans les corps fatigués. Parle lui, Hamlet. »
Cet endroit où il est toujours demandé à Hamlet d’entrer, de jouer, d’intervenir, c’est là quelque chose qui nous donne la véritable situation du drame. Et malgré l’intervention, l’appel significatif...
C’est significatif pour nous parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, d’intervenir pour nous « between her and her », c’est notre travail cela, « Conceit in weakest bodies strongest works », c’est à l’analyste que c’est adressé, cet appel !
Ici, une fois de plus, Hamlet fléchit et quitte sa mère en disant : après tout, laisse-toi caresser, il va venir, va te donner un baiser gras sur la joue et te caresser la nuque ! Il abandonne sa mère, il la laisse littéralement glisser, retourner, si l’on peut dire, à l’abandon de son désir. Et voilà comment se termine cet acte, à ceci près que dans l’intervalle le malheureux Polonius a eu le malheur de faire un mouvement derrière la tapisserie et qu’Hamlet lui a passé son épée à travers le corps. »

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 L a Lettre


« Doubt thou the stars are fire,
Doubt that the sun doth move,
Doubt truth to be a liar,
But never doubt I love.
O dear Ophelia, I am ill at these numbers. I have not art to reckon my groans, but that I love thee best, oh, most best, believe it. Adieu.
Thine evermore, most dear lady,
whilst this machine is to him,
Hamlet. »

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Saturday, February 17, 2018

Qu’est Hécube pour lui ? Qu’est-il pour Hécube ?
J’adore cette phrase (avec les comédiens)

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D ’un bout à l’autre d’Hamlet on ne parle que de deuil


« Je vous l’ai dit au départ, c’est une tragédie du monde souterrain : le ghost surgit d’une inexpiable offense.
Ophélie apparaît, dans cette perspective, neutre, rien d’autre qu’une victime offerte à cette offense primordiale. Le meurtre de Polonius et le ridicule traînage de son cadavre par le pied, par un Hamlet qui devient soudain littéralement déchaîné et s’amuse à narguer tout le monde qui lui demande où est le cadavre, et qui s’amuse
à proposer toute une série d’énigmes de fort mauvais goût dont le sommet culmine dans la formule :
« Hide fox, and all after. » [IV, 2, 29]
Ce qui est évidemment une référence à une espèce de jeu de cache-tampon. Cela veut dire : « Le renard est caché, courons après ! » Le meurtre de Polonius et cette extraordinaire scène du cadavre caché au défi de la sensibilité et de l’inquiétude de tout l’entourage n’est encore qu’une dérision de ce dont il s’agit, à savoir : d’un deuil non satisfait. »

« Aussi bien sur la question du deuil ne pouvons-nous ne pas être frappés que dans tous les deuils qui sont majeurs, qui sont mis en question dans Hamlet, toujours revient ceci : que les rites ont été abrégés, clandestins. Polonius est enterré sans cérémonie, secrètement, à la va-vite, pour des raisons politiques.
Et vous vous souvenez de tout ce qui se joue autour de l’enterrement d’Ophélie, de la discussion de savoir comment il se fait que très probablement, étant morte l’ayant voulu, s’étant noyée d’une façon délibérée...
du moins est-ce l’avis du populaire
...néanmoins elle est enterrée en terre sainte, en terre chrétienne, néanmoins quelque chose du rite chrétien lui est accordé, les fossoyeurs n’en doutent pas. Si elle n’était pas une personne d’un rang si élevé, on l’aurait traitée autrement, de la façon dont le prêtre articule que cela aurait dû être, car lui n’est pas d’avis qu’on lui rende ces honneurs funéraires. On l’aurait jetée en terre non consacrée, on aurait accumulé sur elle les tessons et les détritus de la malédiction et des ténèbres.
Le prêtre n’a consenti qu’à des rites abrégés eux aussi. »

« in the blossoms of my sin »

« Bien sûr, ce que je viens de dire du deuil dans Hamlet ne nous permet pas de voiler :
— que le fond de ce deuil c’est — dans Hamlet comme dans Œdipe — un crime,
— que jusqu’à un certain point tous ces deuils se succèdent en cascade comme les suites, les séquelles, les conséquences du crime d’où part le drame. »

« Il meurt sur un lit de fleurs, nous dit le texte shakespearien »

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L a Vie est un songe


« Tout n'est plein ici bas que de vaine apparence, 
Ce qu'on donne à sagesse est conduit par le sort, 
L'on monte et l'on descend avec pareil effort, 
Sans jamais rencontrer l'état de consistance.

Que veiller et dormir ont peu de différence, 
Grand maître en l'art d'aimer, tu te trompes bien fort 
En nommant le sommeil l'image de la mort, 
La vie et le sommeil ont plus de ressemblance.

Comme on rêve en son lit, rêver en la maison,
Espérer sans succès, et craindre sans raison,
Passer et repasser d'une à une autre envie,

Travailler avec peine et travailler sans fruit, 
Le dirai-je, mortels, qu'est-ce que cette vie ? 

C'est un songe qui dure un peu plus qu'une nuit. »

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V otre corps et l’eau ne font qu’un


« Le terme « ukiyo » (le monde flottant), vient de la tradition bouddhique qui enseigne que les plaisirs terrestres sont fugitifs : tout est évanescent, changeant, éphémère, bref flottant. Cette incertitude fondamentale conduit au flottement qui accompagne le Tao : le Tao enseigne la relativité de toute chose. La perception asiatique du monde est tout en gammes de gris ; rien n’est blanc ou noir ; rien n’est fondamental. Cette perception est le reflet d’un monde toujours changeant, en perpétuelle évolution : comment formaliser un monde flottant par des certitudes ? Ce flottement explique la conviction asiatique que le monde échappe largement aux tentatives de captures ; en particulier il résiste à l’analyse rationnelle qui souhaiterait le modéliser. Il n’existe pas de filet intellectuel qui pourrait retenir la réalité. Le monde est fluide, il passe à travers les mailles les plus fines.
[…] Alan Watts, grand vulgarisateur du Zen en occident, utilise avec beaucoup de pertinence l’analogie suivante : vivre dans un monde flottant s’apparente à apprendre à nager : « si vous essayez de marcher sur l’eau, vous essayez de la saisir, et vous vous noyez. […] Pour nager, vous devez vous relaxer, offrir votre corps à l’élément liquide. Si vous vous laisser aller, vous constater que l’eau vous maintient ; en fait d’une certaine façon votre corps et l’eau ne font qu’un ». »

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L a Douleur


« LAERTES
Too much of water hast thou, poor Ophelia,
And therefore I forbid my tears. But yet
It is our trick; nature her custom holds,
Let shame say what it will. When these are gone,
The woman will be out. — Adieu, my lord.
I have a speech of fire, that fain would blaze,
But that this folly drowns it. » 

Eau folie 

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E nseignement


« all we can say about them [the words] is that they seem to like people to think and to feel before they use them, but to think and to feel not about them, but about something different. »

« They hang together, in sentences, in paragraphs, sometimes for whole pages at a time. They hate being useful; they hate making money; they hate being lectured about in public. In short, they hate anything that stamps them with one meaning or confines them to one attitude, for it is their nature to change.
Perhaps that is their most striking peculiarity – their need of change. It is because the truth they try to catch is many-sided, and they convey it by being themselves many-sided, flashing this way, then that. Thus they mean one thing to one person, another thing to another person; they are unintelligible to one generation, plain as a pikestaff to the next. And it is because of this complexity that they survive. »

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« Celui à qui les choses cachées appartiennent est au-delà de tous les contraires. »

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Orléans, stage du 4 au 15 juin


Je crois qu’on ne peut pas imaginer de différence plus grande qu’entre les spectacles de Laurent Chétouane et les miens. Pourtant nous sommes amis. Il y a un passage. Nous sommes amis parce que je fais l’expérience de ses pièces (qui sont des pièces d’amitié). J’aime le travail de Laurent Chétouane parce qu’il est vrai. Il a découvert ça : que la danse pouvait se danser en vrai — pas en illusion, mais en vrai. Et c’est ce que j’essaye aussi de proposer : quelque chose, on peut dire, de naturel, de non spectaculaire, de mineur. On est dans un monde d’absolu mensonge donc c’est à la fois difficile et facile de proposer quelque chose de vrai. Souvent on entend un interprète dire dans mes spectacles qu’il n’y a pas de spectacle (c’est une phrase qui revient). Non, au fond, il n’y a pas de spectacle. Il n’y a pas ce dehors spectaculaire qu’on nous propose. « Le rose qu’on nous propose », comme le chante Alain Souchon dans Foule sentimentale. Ce dehors de carton-pâte. Mais, dans ce décor, il y a le réel. Il y a ce que les gnostiques appellent la divinité intérieure (j’avais appelé un spectacle — je crois que ça venait de Shakespeare — Le Parc intérieur), c’est-à-dire un endroit à l’air libre, vrai, mais qui est à l’intérieur, réel. Laurent Chétouane réussit à mettre le « inward » « outward » — comment le dire en français ? le « vers l’intérieur » « vers l’extérieur ». Il s’agit d’un stage absolument expérimental. Avec Laurent, c’est très facile, il est tout le temps dans l’« experiment » et, moi aussi, j’essaye d’inventer chaque fois une première fois. Tout se passe avant la mort. Alors. Etre Dieu (j’ai donné plusieurs stages sous ce titre : Jouer Dieu), c’est avant la mort. To be or not to be. Mais la divinité — la liberté —, elle est à délivrer, prisonnière. Faible, fragile, vivante. Vous êtes des animaux avec des vêtements posés sur vous en vrac, des singes habillés, des chiens habillés. C’est aussi bête que ça. Les spectacles de Laurent Chétouane, pourtant très beaux, ont peut-être peu à voir avec la beauté (la symétrie) — question centrale chez Pina Bausch, par exemple, et sans doute chez William Forsythe — ou la laideur. Je n’ai jamais rencontré cela nulle part ailleurs.
Yves-Noël Genod

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F aire le fou


« Vous voyez, comme y jouant un rôle essentiel, ces personnages divers qu’on appelle les clowns, qu’on appelle les fous de la Cour qui sont à proprement parler ceux qui, ayant leur franc-parler, peuvent se permettre de dévoiler les motifs les plus cachés, les traits de caractère des personnes que la politesse interdit d’aborder franchement. C’est quelque chose qui n’est pas simplement cynisme et jeu plus ou moins injurieux du discours, c’est essentiellement par la voie de l’équivoque, de la métaphore, du jeu de mots, d’un certain usage du concetti, d’un parler précieux, de ces substitutions de signifiants sur lesquels ici j’insiste quant à leur fonction essentielle : ils donnent à tout le théâtre de Shakespeare un style, une couleur, qui est absolument caractéristique de son style et qui en crée essentiellement la dimension psychologique.
Le fait qu’Hamlet soit un personnage angoissant plus qu’un autre, ne doit pas nous dissimuler que la tragédie d’Hamlet c’est la tragédie qui — par un certain côté, au pied de la lettre — porte ce fou, ce clown, ce faiseur de mots au rang du zéro. Si par quelque raison on devait ôter cette dimension d’Hamlet de la pièce de Shakespeare, plus des quatre cinquièmes de la pièce disparaîtraient comme l’a remarqué quelqu’un.
Une des dimensions où s’accomplit la tension d’Hamlet, c’est cette perpétuelle équivoque, celle qui nous est en quelque sorte dissimulée par le côté, si je puis dire, masqué de l’affaire.
Je veux dire, ce qui se joue entre Claudius, le tyran, l’usurpateur et le meurtrier Hamlet, c’est à savoir le démasquage des intentions d’Hamlet, à savoir pourquoi il fait le fou.
Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est la façon dont il fait le fou, cette façon qui donne à son discours cet aspect quasi maniaque, cette façon d’attraper au vol les idées, les occasions d’équivoque, les occasions de faire briller un instant devant ses adversaires cette sorte d’éclair de sens. 
Il y a là-dessus dans la pièce, des textes où ils se mettent eux-mêmes à construire, voire à affabuler. Cela les frappe non pas comme quelque chose de discordant, mais comme quelque chose d’étrange par leur tour de spéciale pertinence. C’est dans ce jeu qui n’est pas seulement un jeu de dissimulation, mais un jeu d’esprit, un jeu qui s’établit au niveau des signifiants, dans la dimension des sens, que se tient ce qu’on peut appeler l’esprit même de la pièce.
C’est à l’intérieur de cette disposition ambiguë qui fait de tous les propos d’Hamlet, et du même coup de la réaction de ceux qui l’entourent, un problème où le spectateur lui-même, l’auditeur, s’égare et s’interroge sans cesse, c’est là qu’il faut situer la base, le plan sur lequel la pièce d’Hamlet prend sa portée. Et je ne le rappelle ici que pour vous indiquer qu’il n’y a rien d’arbitraire, ni d’excessif à donner tout son poids à ce dernier petit jeu de mots sur le foil

Voici donc la caractéristique de la constellation dans laquelle s’établit l’acte dernier, le duel entre Hamlet et celui qui est ici une sorte de semblable ou de double plus beau que lui-même. »

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U ne sorte de disponibilité fondamentale


« Et pourtant Hamlet semble une fois de plus tendre le cou, comme si rien en somme ne pouvait en lui s’opposer à une sorte de disponibilité fondamentale. 
Sa réponse est là tout à fait significative.
— « Monsieur, je vais me tenir dans cette salle n’en déplaise à sa Majesté, c’est mon heure de délassement; qu’on apporte les fleurets, au bon vouloir du gentilhomme, et si le roi persiste dans sa décision, je le ferai gagner si je peux ; sinon, je ne gagnerai rien que ma courte honte et les bottes reçues. » [V,2]
Voilà donc quelque chose qui, dans l’acte terminal, nous montre la structure même du fantasme : au moment où il est à la pointe de sa résolution, enfin, comme toujours à la veille de sa résolution, le voilà qui se loue littéralement à un autre et encore pour rien, de la façon la plus gratuite, cet autre étant justement son ennemi et celui qu’il doit abattre. Et ceci, il le met en balance avec les choses du monde, premièrement qui l’intéressent le moins, à savoir que ce n’est pas à ce moment-là tous ces objets de collection qui sont sa préoccupation majeure, mais qu’il va s’efforcer de gagner pour un autre. »

Avec Laërte, une relation spéculaire, une réaction en miroir, il est absorbé par l’image de l’autre

« Celui qu’on admire le plus est celui qu’on combat.
Celui qui est l’Idéal du moi c’est aussi celui que — selon la formule hegelienne de l’impossibilité des cœxistences — on doit tuer. Ceci Hamlet ne le fait que sur un plan que nous pouvons appeler désintéressé, sur le plan du tournoi.
Il s’y engage d’une façon qu’on peut qualifier de formelle, voire de fictive. C’est à son insu qu’il entre en réalité tout de même dans le jeu le plus sérieux. »

« c’est une des fonctions d’Hamlet de faire tout le temps des jeux de mots, des calembours, des doubles sens, de jouer sur l’équivoque. »

« I’ll be your foil, Laertes. In mine ignorance 
Your skill shall, like a star i’th’darkest night, 
Stick fiery off indeed. »

Foil : jeu de mot, fleuret  mais ici écrin
« Je ne vais être ici que pour mettre en valeur votre éclat d’étoile dans la noirceur du ciel en combattant avec vous. »

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